dimanche 24 mars 2019

The Dire Straits Experience, Lyon, Amphithéâtre-Salle 3000, 23 mars 2019

Eternel débat que celui des groupes "tribute"... Vaut-il mieux un groupe rendant hommage avec plus ou moins de brio à une musique populaire plutôt que celle-ci ne soit plus du tout jouée en concert? Vaste question... S'agissant de Dire Straits, le problème est encore plus épineux, car Mark Knopfler est bien entendu toujours en activité, mais a très clairement décidé, lors de ses concerts, de privilégier les morceaux de sa carrière solo plutôt que ceux qui ont fait sa gloire dans les années 80. C'est bien évidemment tout-à-fait louable comme démarche, et ce d'autant plus que sa carrière solo regorge d'excellents morceaux, mais cela peut aussi frustrer une partie du public, venu pour retrouver une partie de sa jeunesse.

The Dire Straits Experience est donc un groupe tribute basé autour du saxophoniste des deux dernières tournées de Dire Straits, à savoir Chris White. Ce dernier a recruté six autres musiciens, dont le dénommé Terence Reis, qui a la lourde charge de jouer le rôle de Mark Knopfler. Et donc nous voici en ce samedi soir dans la très belle salle 3000 (bien remplie mais pas complète) pour voir de quel bois se chauffe ce groupe.

Première partie sympathique avec un folkeux italien dont je n'ai pas compris le nom, qui était accompagné d'un autre gratteux. Une demi-heure acoustique sympathique sans être renversante non plus, mais bon ça passe pas mal.

20h50, les choses sérieuses démarrent. Bruit d'orage, éclairages stroboscopiques... Bon, ils vont attaquer par quoi les garçons? Chris White s'approche du micro avec sa flûte traversière, et poum, nous balance l'intro de "Telegraph road".

Alors là, me dis-je in petto, soit les gars sont complètement inconscients, soit ils sont sûrs d'eux. Parce qu'attaquer avec un morceau d'un quart d'heure, souvent joué par Dire Straits (et Knopfler en solo) comme point d'orgue de leur concert, pardonnez-moi, mais faut en avoir. Un quart d'heure plus tard, je cochais la deuxième solution: l'exécution était totalement bluffante. Tout était parfaitement en place, très pêchu, et puis alors le Terence Reis, alors là... On ferme les yeux, c'est Knopfler, vocalement et surtout guitaristiquement. Il ne se contente pas de reproduire les passages obligés/attendus des solos, il en invente aussi, mais parfaitement dans l'esprit du morceau. Un vrai bonheur. La soirée était lancée, on peut y aller les enfants, faîtes-vous plaisir.


"Walk of life" enquille direct (pas de pedal steel par contre), puis "Romeo & Juliet", mais pas dans l'orchestration que je préfère. On était en mode "tournée 91", avec solo de saxo à rallonge sur l'intro, un peu trop FM à mon goût, mais bon y'en avait pas une à côté, donc on prend.

Après, je frôle l'attaque: voilà que résonne l'intro de "Tunnel of love" dans la version Alchemy Live. Enfin! Enfin j'entends en concert ce fabuleux morceau auquel je n'ai jamais eu droit en trois concerts de Knopfler, et que j'ai dû écouter des centaines de fois. Et une nouvelle fois c'est super bon, avec le fameux duo guitare/piano sur la dernière minute... Phénoménal. Le concert aurait pu s'arrêter là, j'aurais déjà été ravi.

  
Comme il en faut pour tous les goûts, "Your latest trick" suit, toujours à l'extrême limite de la guimauve avec ce saxo type George Michael. Mais tout cela est rapidement balayé avec la surprise du chef: "The man's too strong"!. Si je m'y attendais! Très annonciatrice de ce que Knopfler fera en solo, elle est vraiment une chanson à part, mélangeant acoustique et gros déluge électrique, avec certains enchaînements d'accords pas des plus évidents ou naturels, et qui pourtant passent sans problème. Que du bon, que du bon.


Les 45 minutes suivantes vont aller piocher dans le répertoire pas forcément le plus connu de Dire Straits, à l'exception d'un "Private investigations" au final incendiaire (dommage d'avoir rajouté du saxo sur le premier break flippant, c'était un peu longuet). Une intro de "So far away" quasiment calypso bien marrante, des "Expresso Love" et 'Two young lovers" diablement bien enlevés, et aussi deux morceaux du deuxième album (la neilyoungesque "Where do you think you're going?" et "Once upon a time in the west") joués uniquement à 4 (guitares / basse / batterie) comme le quatuor qu'était Dire Straits à l'époque. Très bonne idée, même si ce fut le seul moment du concert où j'ai trouvé que Terence Reis n'était pas forcément hyper inspiré, m'enfin je chipote. Très belle idée aussi d'avoir fait une version dépouillée et raccourcie de la splendide "Why worry".




Le final se passe de commentaires : "On every street" / "Brothers in arms" et l'inévitable "Sultans of swing", joué à fond les bielles, parfois même un peu trop (pourquoi doubler le mythique solo de guitare d'un solo de saxo???...), mais bon, les gars se font visiblement tellement plaisir sur scène qu'on ne va pas s'arrêter à ça.


Rappel: "Money for nothing" forcément, suivi du thème rapide de "Local Hero" (donc "Going home", pas le "Wild theme" pour les connaisseurs).


Et ça se finit là dessus après 2h15 de concert. Et pour résumer ce concert, je citerai la critique de Télérama qui, évoquant The Dire Straits Experience, évoque: "un ersatz, oui, mais de qualité". C'est exactement ça: dès les premières secondes, le côté "ah c'est dommage que ce soit pas les vrais" est balayé par la virtuosité des musiciens, et le plaisir qu'ils ont et donnent sur scène. Alors oui, les places ne sont clairement pas données, mais on en a pour son argent. Ils repassent dans nos contrées (notamment en Bretagne et à Paris) cet automne, franchement allez-y, vous ne le regretterez pas!

Telegraph road
Walk of life
Romeo & Juliet
Tunnel of love
Your latest trick
The man's too strong
Expresso love
So far away
Private investigations
Why worry
Where do you think you're going?
Once upon a time in the west
Two young lovers
On every street
Brothers in arms
Sultans of swing

Rappel
Money for nothing
Going home

1 commentaire:

  1. Bon, et bien, merci d'avoir fait le report. Je me suis décidé à aller à Rennes. Effectivement c'est bien interprété même si je trouve qu'il pousse trop son chant. Et puis c'est une sensation bizarre les tribute. On s'emballe mais pas trop ;)
    Pour reprendre deux petits points de la review, l'intro So Far Away est celle de la tournée 85/86 (cf live sidney) et le solo Sultans of swing au saxo était joué comme ça en 91/92...

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